24.5.06

A-plat


Rentrer chez soi : tenir la distance entre une porte et l'autre.
Apres un dernier geste, le trottoir qui pivote, flou de caméra, et un pas devant l'autre , a travers les noms qui defilent : St-Jacques, Soufflot, Luxemboug, Massy-pal, Denfert, Laplace, Bourg-la-reine, Antony enfin, René Cassin, Gabriel Péri, Céline, passage de la Bièvre...
Lorsque s'ouvrent les grands espaces du ciel au bout des rues, que la foule se presse, immatérielle, la force d'interraction disparaît. Llibérée de toute pression exterieure, la pensée surgit, déploie ses ailes, et en couvre mon cou - astronaute dans la ville, astronaute sur les quais, la tete dans un casque translucide, le corps au sein d'une fine membrane de silence - les pensées s'y entrechoquent, s'y infiltrent, en frappent les parois et le crâne à nouveau, deux cents rebonds feutrés - et sur mon filtre glissent les yeux des voyageurs qui ne voient pas.
Force de l'habitude.
Qui ne pourraient pas voir - sur les quais, dans le train, dans les rues, aux carrefours, les yeux se cherchent sans se trouver ; nos peaux sont recouvertes de plastique, et les contacts glissent, et on s'ignore alors, puisqu'on ne sait faire que ça.
Et dans cette membrane qu'on ne remarque plus tant elle est familière, un corps gesticulant pour lui-meme se debat - les mots rebondissent sur la paroi transparente , rabattus dans la gorge, et s'y tassent en un noeud qui élance, empoisonne - avale, refoule, oublie, machinal.
Le paysage qui file, trop connu, trop semblable à celui d'hier, renvoie le regard à lui-meme comme une balle de ping-pong lancée du haut d'un train et, l'espace d'un trajet, la pensée règne, absolue-
Je suis ce que je pense.
Cher Hamlet? Mieux vaudrait ne pas être.

2 comments:

KhâlmarTsum said...

putareneputare...? neputare? d'accord, si telle est ta volonté, ou celle de ta pensée - je voudrais ne pas être.

Tu crois qu'armstrong, quand il a posé son pied sur ce fromage géant, tu crois qu'il pensait à quoi? qu'est-ce qu'il ressentait, là-haut, dans son costume de tintin-objectif-lune? "Poser le pied, ou ne pas poser le pied?". "Je suis en train de faire le plus grand pas de toute l'humanité." - Ou alors juste: rien. un vide intersidéral. Un couplet de l'Auvergnat dans la tête. Ou le refrain de "Blowin' in the wind". Qui tourne en boucle, depuis qu'il a quitté la Terre.

The answer my friend, is blowin' in the stars...

lou said...

Oye, que triste es la vida, que yo también me pondré a llorar enseguida... ^o)

Ser o no ser o vivir o morir o sonar con la mente floje llena de pensamientos /sans odeur sans saveur/ sauf celle du pénultième déspespoir - celui qui s'avoue encore - ... Pero cuando se pregunta "hablar o no hablar", todos sabemos lo que cabe responder : HABLAR.